22-01-2008

Le coup de gueule du patron du théâtre de la Croix-Rousse

Le directeur du théâtre de la Croix-Rousse Philippe Faure a tenu une conférence de presse mardi 22 janvier pour dénoncer le gel du label “scène nationale” que l’Etat devait accorder à son théâtre.

“Je ne suis pas en colère, je suis fatigué. Je ne suis pas déçu, je suis trahi. Je ne suis pas triste, je suis désillusionné.” C’est par ces mots simples que le directeur du théâtre de la Croix-Rousse Philippe Faure a commencé sa conférence de presse mardi matin. Il avait réuni les journalistes pour expliquer que le ministère de la Culture a finalement décidé de “geler” la labelisation “scène nationale” de son théâtre. Un label qui lui aurait notamment permis de recevoir une subvention de l’Etat de 100 000 euros pendant 4 ans. Et du coup, de surmonter les déficits récurrents de ce théâtre qui attire en moyenne 9000 abonnés par saison.
Faure a aussi insisté sur le “manque de respect” de l’Etat qui “ne tient pas ses promesses” et qui “cherche systématiquement à gagner du temps, à noyer le poisson, à prendre un directeur de théâtre pour un imbécile”. Car si l’ancien ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres avait souhaité que le théâtre de la Croix-Rousse soit labellisé “scène nationale” avant le 31 décembre 2007, l’actuelle ministre Christine Albanel a finalement annoncé début janvier que tous les nouveaux labels étaient suspendus.
Les partenaires institutionnels du théâtre étaient également présents lors de cette conférence de presse. Avec un représentant du Département mais aussi le député de la Croix-Rousse Pierre-Alain Muet, la conseillère Régionale déléguée à la Culture Najat Belkacem, le maire de Lyon Gérard Collomb et son adjoint à la Culture Patrice Béghain. Alors que Collomb a rappelé ses efforts depuis juin 2005 pour obtenir ce label, mais aussi la hausse des subventions municipales qui sont passées pour ce théâtre de 300 000 euros en 2001 à 550 000 euros cette année, Najat Belkacem a expliqué que ce retrait de l’Etat signifiait aussi moins de travail pour les petites compagnies et moins de créations culturelles. Béghain en a aussi profité pour attaquer le ministère : “on a jamais vu une telle improvisation, une telle confusion. Car aujourd’hui aucune institution culturelle n’est capable de dire précisément quel sera le montant de ses subventions nationales. Mais en fait, je pense que tout cela est très organisé et qu’il s’agit d’une véritable tentative de déstabilisation organisée par l’Etat.”
Philippe Faure, qui a déjà licencié 4 personnes dans le cadre du plan de redressement économique de son théâtre, a en tout cas assuré qu’il se battrait jusqu’au bout pour obtenir ce label. En affirmant que “c’est un dû. Car on m’a clairement affirmé qu’on l’aurait. Mais on a peut-être été un peu naïf en pensant qu’un ministre de droite pouvait tenir sa parole.”

 

Commentaire

Petite Compagnie

Je ne peux pas pleurer sur le sort de Faure, dont j'aimerai connaître les budgets de création pour ses spectacles "tout seul"... Quant à Belkacem qui pleure sur le sort des petites compagnies, je voudrais également connaître la proportion de "petites" compagnies lyonnaises accueillies par ce théâtre... Qu'on m'explique pourquoi ce directeur, capable de trouer son budget de 10 millions à l'année, est toujours en poste ? Tout cela est effectivement dommageable pour le Théâtre de la Croix Rousse, mais certainement pas pour son directeur... A t-il autant pleurer lorsque La Platte, ou l'Oseraie, remarquables pour leur travail de découverte, ont fermé il y a quelques années de cela ? Je ne pense pas, puisque ça lui a permis de voir ses subventions augmenter... Ce monsieur devrait apprendre ce qu'est la décence...

RB

Je vais de temps en temps à la Croix-Rousse, la salle est toujours pleine. Comment ce théâtre peut-il avoir des problèmes d'argent alors que le public semble répondre présent ? Est-ce que Faure dépense vraiment trop et compte sur l'argent public (donc nous) pour renflouer systématiquement ses caisses ? Après, je ne pense que le but d'un théâtre est d'être rentable à tous prix. Mais ça ne veut pas dire qu'on peut faire n'importe quoi. Un bon directeur doit aussi être un bon gestionnaire.

Patrick D.

Les subventions municipales (+100 000 euros chaque année) la région qui re-mets la main a la poche, le conseil General qui fait de même, les 100 000 euros que l'état ne versera pas ne sont pas le vrai problème de Philippe Faure... c'est de crédibilité Nationale dont avait besoin le directeur du théâtre qui n'est pas reconnu. Lors de sa conference de presse hier, il n'a pas voulu répondre sur le budget annuel du théâtre, il a dit ensuite qu'il ne connaissait pas le montant...ce n'est pas l'argent manquant qui le chagrine c'est juste qu'il a quelques travers que Moliere raillait en son temps.

jm

Si le théâtre de la Croix-Rousse n'était pas seulement une affaire de clientélisme, si les acteurs étaient autres que Collomb, Beghain et les subventions, s'il s'agissait de théâtre, on se sentirait trahi par l'état.
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