14-02-2008

Le blog de Philippe Brunet-Lecomte

J’ai commencé à le survoler puis rapidement j’ai plongé dans le dernier Azouz Begag. Et je ne l’ai plus lâché. 316 pages. Ça se lit tout seul. Une sorte de blog coloré, frais et drôle. Pétillant de malice comme Azouz. Une “Guerre des moutons” (Fayard) où il raconte ses deux années de “sous-ministre à l’égalité des chances”.

Un récit à la fois émouvant et loufoque. Comme ce frère qui meurt et qui se réveille avant de re-mourir. Ou comme cette rencontre dans une école avec un jeune black qui joue avec les mots. Bidonville, bidon d’huile, sociologue, sorcio-logue.... C’est la magie de Begag le sorcier, qui vous prend au piège.
Et puis il y a cette fausse migraine pour sécher le conseil des ministres. Extrait : “Je reste au chaud à Lyon. Ma mère a besoin de moi, beaucoup plus que Chirac et Villepin. Auprès d’elle, je sers au moins à quelque chose”. Toujours dans ce style vif et rythmé, il raconte alors les quatre jours où il va disparaitre. “Allo, allo, monsieur le ministre, vous êtes là ?” Débranchant son portable pour se planquer dans son petit appartement de la Guillotière, rue de l’Humilité, ça ne s’invente pas. Ou pour se lancer dans d’interminables jogging le long des berges du Rhône, planqué derrière des lunettes noires. Seul, agité, ressassant ses états d’âme... On le se suit à la trace, au hamam quand il prend un bain de vapeur à l’eucaliptus, quand il dine avec ses filles chez Carlo, où il dévore une pizza au saumon “les meilleures de Lyon” ou quand il téléphone au père Delorme : “C’est mon ami. Jamais en deux ans de ministère, il ne m’a sollicité pour le moindre service alors que des dizaines de pauvres, de sans abri, de clandestins, d’immigrés et desespérés occupent son église, son appartement, son esprit et son cœur”.
Et plus loin, on se marre quand il refuse de rappeler Chirac qui s’inquiète. Après lui avoir demandé au cours d’un tête à tête de ne pas publier son “Mouton dans la baignoire” où il raconte comment Sarkozy l’a insulté, menacé...
Et l’histoire va se conclure bien sûr à Matignon, par la démission d’Azouz Begag. “C’est fini, je ne suis plus ministre. Villepin me raccompagne jusqu’à la sortie (...). Un huissier m’ouvre la porte. Dehors il y a la vie qui m’attend. Le vent d’avril sent la glycine. Villepin me donne une accolade fraternelle (...) Les derniers mots restent bloqués dans la gorge. Ça fait trop mal. On a perdu. Tant d’énergie pour rien. Au bas des escaliers, je suis comme sur un quai de gare, face à des voies désertes. Bonne chance”. Une belle écriture tout de même, à la fois moderne et raffinée.
On le voit alors s’engoufrer dans sa belle 607 bleu de ministre. Dernières minutes protocolaires. A la fois fasciné, lui l’enfant des bidonvilles lyonnais. Mais toujours rebelle. Il se lance notamment dans un dernier petit délire en évoquant ses costards de ministre “pendus haut et court” dans son placard qui ne serviront plus. Et le voilà dans le TGV qui le ramène à Lyon, faisant semblant de dormir pour échapper aux emmerdeurs avant d’être réveillé par un contrôleur : “Vos papiers !” Sacré Begag, nouveau délire.
Et puis il y a des petites phrases lumineuses qui surgissent au cœur de ce récit comme celle-là : “ Je ne supporte plus qu’on me traite de sensible. Avoir des convictions et s’y tenir serait devenu synonyme d’idiot en somme ?”
D’ailleurs, quand on referme ce livre, on n’ose plus dire que Begag est un artiste perdu dans cet univers impitoyable de la politique. Mais on se dit au contraire que des types comme Begag devraient avoir leur place en politique.
“Une guerre des moutons” à lire absolument. Surtout si vous n’aimez pas Begag car vous finirez par tomber sous le charme. Et on attend avec impatience le troisième “mouton” où le sorcio-logue lyonnais va nous raconter sa candidature aux municipales à Lyon et comment Michel Mercier, le président du conseil général, a réussi à le faire craquer. Inutile de dire que ça va sûrement être très drôle et féroce.

 

Commentaire

Black

je n'ai pas encore lu le dernier bouquin d'Azouz Begag mais j'ai été déçu par le premier "mouton". Trop narcissique, même si c'est bien écrit. Mais sur le plan politique, je ne sais pas quoi penser de lui. Est-ce qu'un type comme lui peut vraiment se cadrer en politique. Ou au contraire est-ce qu'il sera éternellement un saltimbanque qui préferera toujours un bon mot ou une pirouette à une réunion de travail ou à un vrai débat ? Franchement, l'homme est séduisant. mais j'ai été un peu déçu de son décrochage face à Mercier. Et je lui en veut un peu ! D'ailleurs son interview dans le dernier Lyon Mag est drôle mais il me confirme que c'est un artiste qui, au fond, n'a pas grand chose à faire en politique.

Cefoutu

DERNIERE MINUTE : Perben relance a campagne à Lyon. Finalement, la tentative de nouveau parachutage de Dominique Perben à Clermont Ferrand a échoué. Même si Christophe Gourjeon avait envisagé de suivre son nouveau leader dans le Puy de Dôme, l’ancien maire de Chalon n’a pas réussi à trouver de millonistes en Auvergne pour constituer ses listes, il revient donc se présenter à Lyon. Compte tenu des nombreuses défections dans ses rangs, il a résilié son abonnement Internet sur les site « Copains d’Avant » et « Facebook », à part son beau frère, sa femme et Amaury Nardonne qui ne s’en étaient pas retirés, la seule nouvelle inscription enregistrée ces dernières semaines étant celle de … Christophe Gourjeon. Pour relancer sa campagne, il a décidé de faire feu de tous bois en annonçant un florilège de projets pour la ville aussi novateurs qu’audacieux. ; une voiturette électrique pour chasser les gros 4X4 en centre ville, suppression des poubelles dans les rues pour éviter les papiers gras qui en tomberaient sur la voie publique, plantation d’un champ de colza place Bellecour pour alimenter les futurs bus de la ville (projet amené par Christophe Gourjeon en quittant le Modem). Sur le plan de l’animation et de la culture, voulant donner une image résolument moderne, Dominique Perben propose d’optimiser les dépenses du 8 décembre en poursuivant les illuminations pendant la journée, de créer un festival international de guimbarde et de cornemuse ainsi que la création du centre national de musique alternative – centre « Charly Oleg » dont la pose de la première pierre se ferait dès le 17 mars prochain en présence de Marcel Amont et Alain Barrière. A moins de trois semaines du premier tour, voila qui devrait changer les donnes de la campagne électorale de l’UMP à droite.

@ PBL

Un vrai politique comme vous dites ne laissent pas tomber des dizaines de militants MoDem 2 jours avant les primaires de son parti. Ca laisse un petit goût d'amertume...voir ça reste coincé dans la gorge. Après avoir critiqué son premier mouton dans la baignoire lors de sa sortie, puis vous en êtes excusé, maintenant vous l'encensé. Un peu de constance svp comme vous avez avec JMA ou Sarko. Je crois que vous avez tout dit en parlant de charme. C'est un charmeur exceptionnel. Quelle gouaille, quelle gueule, quel charisme...mais cela ne suffit pas dans ce monde impitoyable de la politique. Déception...quand tu nous tiens. L.
1
 

Publicité ▼