La Scientologie n’est pas au fond une organisation dangereuse, elle a le droit d’exister en paix... C’est ce que vient, en gros, de suggérer Emmanuelle Mignon qui n’est pas n’importe qui puisque cette énarque est directrice de cabinet du président de la République.
Il se trouve que la Scientologie on connaît bien à Lyon où cette secte est particulièrement active. Et en plus, il se trouve également que “l’église” de Scientologie, je connais bien personnellement puisque j’en ai fait partie. Non, vous ne rêvez pas. J’ai bien été membre de cette fameuse église, pendant quelques semaines. A l’époque, j’étais jeune journaliste. Et mon rédacteur en chef m’avait demandé de réaliser une enquête sur ce mouvement alors mystérieux qui commençait à s’implanter à Lyon. C’était au début des années 90. Je me suis alors dit que la seule solution pour aller au delà des discours officiels de la Scientologie, c’était d’infiltrer ce mouvement en apparence très respectable. Une expérience qui m’a marqué.
Je me souviens que j’ai alors trouvé une astuce pour me faire recruter en passant simplement devant le siège de cette église qui, à l’époque, était située rue Edouard Herriot dans le centre de Lyon où j’avais remarqué des agents rabatteurs qui faisaient le guet pour repérer leurs victimes. Des jolies files ou des types sympas qui s’attaquaient aux jeunes, aux paumés... Un grand gaillard m’a alors abordé en demandant si je connaissais la Scientologie avant d’engager la discussion. Habile, très habile. Quelques minutes plus tard, je me retrouvais dans les locaux de “l’église” en train de passer un test d’évaluation. Une centaine de questions bizarres. Evidemment, la conclusion était formelle : j’avais un “mental” dans un état assez lamentable mais je pouvais m’en tirer à condition de suivre des cours de “dianétique”... Ce qui m’a tout de suite frappé, c’est que les adeptes parlaient tous le scientologue, une langue étrangère avec des mots étranges qui n’avaient pas le même sens que dans le langage courant. Un signe. Car le premier objectif d’une secte c’est de couper ses victimes du monde, de leur famille, de leurs amis... C’est d’ailleurs le sens étymologique du mot secte (couper comme sécateur).
Bref, j’ai plongé sans hésitation. Et je me suis inscrit pour une série de séances. Et là encore j’ai compris que la deuxième règle dans une secte c’était de tirer le maximum de fric aux adeptes. D’ailleurs, la Sciento me piquera une sacrée somme à l’époque. Plusieurs milliers de francs, en liquide. Et j’ai enchaîné les séances pendant plusieurs semaines. Avec des exercices surprenants. Un jour, le type qui me “supervisait” m’a demandé pendant deux heures de parler en utilisant non pas des mots mais des chiffres avec les intonations d’une phrase normale. Absurde, mais indispensable pour que les recrues apprennent à dire n’importe quoi. Même démarche un autre jour quand on m’a demandé pendant trois heures, de marcher d’un pas décidé jusqu’à un mur en exigeant que je m’arrête uniquement sur ordre, au dernier moment, le nez contre le mur. “Tu dois avoir confiance en moi” me répétait mon “superviseur”. Là encore, un exercice pour asservir les adeptes. Sans parler du blabla scientologue un mélange de science-fiction et de récits bibliques qu’il fallait apprendre par cœur. Avec en prime une vénération permanente du gourou de la secte dont le portrait trônait partout : Ron Hubbard. Mais le pire, ça a été au bout de quelques semaines quand j’ai démarré les “auditions”, des séances où on exigeait que je raconte ma vie en détail. Le tout contrôlé par un “électromètre”, une sorte de détecteur de mensonges avec deux électrodes et un compteur.
Au début, je ricanais intérieurement en me disant que ça allait faire un super-article. Mais je jouais le jeu. Et j’ai tellement joué le jeu qu’au bout de quelques semaines, je commençais à faiblir. Le soir quand je rentrais chez moi, je ne trouvais plus où j’avais garé ma voiture. Et puis, je me sentais glisser. Je n’étais pas converti à la Sciento. Mais je voulais en savoir toujours plus, aller toujours plus loin... Au fond, j’étais attiré irrésistiblement par cette secte, même si j’avais un alibi journalistique. L’engrenage. D’ailleurs, au bout de quelques semaines, mon rédacteur en chef commençait à s’inquiéter. Il trouvait que je prenais cette enquête un peu trop à cœur. Du coup, il exigera que je mette fin à cette infiltration. Sage décision. Alors que j’insistais pour continuer. Mais lui, il sentait bien que j’étais en train de mal tourner. Je me suis alors enfermé pendant plusieurs jours chez moi pour tout raconter. Des pages et des pages. Le grand défoulement après des semaines de clandestinité. Un récit fleuve qui paraîtra dans l’édition lyonnaise du Figaro où je racontais simplement ce que j’avais vécu, sans aucun commentaire. Ce qui me vaudra un courrier impressionnant. Des centaines de lettres. Mais aussi un coup de fil anonyme toutes les nuits vers 4 h du matin. Une voix me menaçait. Un matin, j’ai alors décidé de téléphoner directement à un responsable de l’église de Scientologie en lui disant d’un air décidé : “Je sais que c’est vous, arrêtez où ça va mal finir”. Et les coups de téléphone ont cessé, comme par hasard.
Mais le plus drôle, c’est que j’ai croisé dans la rue, quelques jours après la parution de cette enquête, une jeune adepte qui, comme moi, avait subi le fameux test avant de plonger dans la “dianétique”. Mais elle était restée à Sciento. Une jeune paumée. D’ailleurs, elle m’a avoué naïvement : “ton enquête a semé la panique à l‘église de Scientologue mais franchement, je n’ai pas compris pourquoi. Tout ce que tu as écrit, c’est ce que j’ai vécu. Et je ne vois pas où est le scandale”. Elle ne comprenait pas, la pauvre. Déjà prise dans l’engrenage. J’ai su également que la secte m’avait fiché parmi les individus “suppressifs” c’est-à-dire particulièrement dangereux.
Mais quelques semaines après cette infiltration, coup de théâtre. Les principaux responsables de la secte seront arrêtés à Lyon. A la suite du suicide d’un adepte poussé à bout. La police va alors saisir les fichiers de Scientologie. Et comme je m’étais inscrit sous un faux nom, les flics tomberont sur mon dossier et ils me téléphoneront pour m’interroger ! D’ailleurs pendant plusieurs années, je suis passé pour un spécialiste de la Scientologie. Alors que j’avais simplement piégé cette secte qui avait d’ailleurs failli me prendre au piège.
Mais j’ai participé à de nombreux débats où chaque fois j’agaçais prodigieusement les
représentants de la secte. Car je racontais simplement ce que j’avais vécu. Et j’ai suivi de près cette enquête judiciaire sur ce jeune adepte qui s’était suicidé. Les principaux cadres lyonnais seront d’ailleurs condamnés. Car à l’époque, un jeune magistrat s’était accroché : Georges Fenech, devenu aujourd’hui député UMP de Givors. Malgré les pressions et les menaces de Sciento, il n’avait pas baissé les bras.
D’ailleurs, après la plainte d’une adepte qui vient d’être séquestrée par “l’église” de Scientologie, Fenech est intervenu ce week-end pour exiger la création d’une commission d’enquête sur la Scientologie en dénonçant “les dangers réels de cette organisation”. Courageux car visiblement chez les sarkozistes, on adore la Scientologie. Et on est de plus en plus tolérant avec les sectes. A la mode américaine. En espérant que cette enquête ne sera pas bloquée. Et que Fenech fera passer le message à Sarko.









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