07-08-2008

Avoués : les “arrangeurs” condamnés

La gouvernement vient d’annoncer la suppression des avoués qui interviennent exclusivement devant les cours d’appel. La fin programmée d’une véritable rente. Enquête à Lyon.



“Les avoués ? C’est le seul métier au monde dont je ne comprends toujours pas l’utilité !“ lance un avocat lyonnais, sourire aux lèvres. Et il n’est pas le seul à penser que la réforme imposée par Sarkozy est “une bonne chose”. Une mesure qui doit permettre de simplifier les procédures devant les cours d’appel et qui entrera en vigueur le 1er janvier 2010.

En effet, quand on veut engager un procès, un avocat suffit. En revanche, pour faire appel d’une décision judiciaire, il faut obligatoirement avoir recours en plus à un avoué, dans le cadre des procédures civiles ou commerciales.

Son rôle ? Rédiger les conclusions de l’avocat, mais aussi transmettre au juge et à la partie adverse tous les documents indispensables au procès. Mais les avoués ont surtout la réputation de “mettre de l’huile dans les rouages” car ils connaissent les juges, ils font avancer les affaires, obtiennent des dates qui conviennent aux justiciables ... Ce sont des arrangeurs” souligne un pénaliste lyonnais tout en précisant “qu’ils n’interviennent que rarement sur le fond des dossiers”.

“Boîte aux lettres”

“Avant, certains avoués lyonnais qui rédigeaient les conclusions de A à Z, apportaient un regard neuf sur les dossiers, ce qui était utile car les avocats ont parfois du mal à prendre du recul sur une affaire qu’ils suivent depuis plusieurs mois” explique un professeur de droit lyonnais qui ajoute : “En plus, ils connaissaient très bien les procédures, ce qui est essentiel pour gagner un procès. Mais c’était il y a 10 ou 20 ans.”

Depuis, en effet, les avoués semblent de moins en moins indispensables : ils ne retouchent plus les conclusions des avocats, se contentent souvent de faire du copier-coller... “Ce sont de simples boites aux lettres” tranche un avocat en précisant : “Sur les douze études lyonnaises, ceux qui font vraiment bien leur boulot se comptent sur les doigts d’une main amputée !”

Un reproche que les avoués contestent bien sûr. Me Romain Laffly, ancien avocat devenu avoué depuis un an : “Je n’ai jamais rédigé autant de conclusions qu’aujourd’hui. Et il m’arrive aussi de plaider devant la cour pour suspendre des exécutions prononcées en première instance.”

Mais le problème aussi, c’est que ces “boîtes aux lettres” coûtent cher. En effet, leur tarif, fixé par décret, est proportionnel au montant demandé par le plaignant à l’occasion d’un procès. Du coup, la facture peut atteindre rapidement plusieurs milliers d’euros d’autant plus que les avoués traitent souvent des affaires commerciales, c’est-à-dire des litiges entre des entreprises où les montants engagés sont très importants...

18 avoués à Lyon

Un vrai pactole. A Lyon, les études les plus importantes traitent au moins 1 500 dossiers par an. Du coup, leur chiffre d’affaires peut atteindre plusieurs millions d’euros. D’ailleurs, Me Michel Brondel, le plus ancien avoué lyonnais, qui emploie une dizaine de salariés, réaliserait 3 millions d’euros de chiffre d’affaires par an. Mais à Lyon, les 12 études lyonnaises qui comptent au total 54 salariés dont 18 avoués en titre réalisent en moyenne un chiffre d’affaires plus modeste, environ 500 000 euros par an.

“Une véritable rente” estime un magistrat lyonnais qui pourtant reconnaît l’utilité de cette profession pour le système judiciaire car “ils font le travail que les avocats ne veulent ou ne savent pas faire”.

Pourtant, difficile de connaître les revenus exacts de ces “arrangeurs”. Car tous ceux que Lyon Mag a interrogés acceptent facilement de parler pour défendre leur profession. En revanche, quand on parle chiffre, il n’y a plus personne. Mais on estime qu’une étude d’avoué vaut environ une année de chiffre d’affaires. Et que ça peut rapporter gros. D’autant plus que le niveau d’étude exigé n’est pas très sélectif : ils doivent avoir un Master en droit et passer un examen professionnel.

Une certitude, cette profession va se battre pour obtenir une indemnisation confortable du ministère de la Justice qui est chargé de mettre en œuvre cette réforme. Même si les manifestations et les grèves organisées par la profession n’ont pas eu un impact considérable.

Reste à savoir ce que vont devenir les avoués. Avocats comme le propose cette réforme ? “On n’a pas de clientèle car ce sont les avocats qui nous amènent les dossiers” réplique Me Roger Tudela. Pourtant, les avoués connaissent bien les règles de procédure. Et ils savent plaider. “Du coup, ils seraient très utiles pour les cabinets d’avocats”, estime un huissier lyonnais qui ajoute que les avocats ont parfois quelques “lacunes”.

En tout cas, pour les avoués, la bataille est perdue d’avance. Car personne ne se mobilisera pour les défendre. Y compris dans l’univers judiciaire.



Emmanuel Derville

e.derville@lyonmag.com

“Utiles”

Me Roger Tudéla, avoué à Lyon, reconnaît que le statut des avoués doit évoluer.

Vous avez soutenu Nicolas Sarkozy à la présidentielle et aujourd’hui il veut supprimer votre profession...
Roger Tudéla : C’est vrai que j’ai été responsable régional des amis de Nicolas Sarkozy. Mais pendant la campagne, il avait déjà dit qu’il voulait supprimer les avoués.
Vous êtes pour la suppression des avoués ?
Non, il faut maintenir le principe de l’avoué, car il représente le justiciable devant la cour d’appel en épaulant l’avocat. Si on supprime cette fonction essentielle, on va encombrer et désorganiser les cours d’appel, car les avocats devront gérer seuls la procédure et l’organisation des procès. En revanche, on peut très bien ouvrir la profession alors que pour l’instant c’est le ministère de la Justice qui décide ou non de créer des postes d’avoués. On peut aussi libéraliser les tarifs qui sont réglementés par l’Etat, ce qui permettra de renforcer la concurrence entre les avoués.
Mais les avoués ne servent plus à rien ?
Au contraire, nous sommes très utiles puisqu’on collabore avec les avocats et qu’on se répartit les tâches. On rédige les conclusions, on transmet toutes les pièces au juge et à la partie adverse : procès-verbaux, assignations à comparaître... Sans nous, les procès seraient plus compliqués à organiser. Ceci dit, sur des dossiers complexes, c’est vrai que c’est l’avocat qui garde la maîtrise du dossier. En revanche, dans tous les cas, je donne des conseils sur la procédure à suivre : comment faire valoir l’intérêt du client, s’il faut agir rapidement ou non...
En plus, les avoués coûtent très cher !
Ce n’est pas nous qui fixons les tarifs, mais un décret ministériel. En plus dans mon cabinet, on facture nos prestations entre 500 et 1000 euros en moyenne. D’ailleurs le chiffre d’affaires moyen d’une étude d’avoués à Lyon tourne autour de 1 million d’euros. Ce qui n’est pas scandaleux par rapport au travail que nous réalisons.

 

Commentaire

désavoué

collaboratricesansavenir, je vous plains, il est vrai que vous n'avez pas de bol, après quatre ans de laborieuses études, une sinécure en or était devant vous,en or ,et j'ajouterai sertie de diamants!Et patatras! On annonce votre heureuse disparition qui ne fait pleurer que votre profession. Malgré vos dire vous ne servez que de boites à lettres, mais cette transmission de courrier coûte une véritable fortune au justiciable.Je viens d'être condamné "aux dépens",je puis vous dire que je suis attéré par le prix du courrier! Un vrai scandale que ces émoluments sans aucune justification.Passer à côté d'un job pareil, quel dommage pour vous,mais pardon de vous le dire,que ce racket se termine sera oeuvre de salubrité publique.J'ajoute que vos arguments sont les mêmes que vos aînés de 1971, ceux ci disparus, les justiciables s'en sont très bien trouvés. Vous parlez de mépris,, pour l'instant c'est nous qui sommes méprisés,et de quelle façon!....Les choses vont changer,tant mieux!

GG

cet article a visiblement été rédigé par un journaliste que ne connait absolument rien au métier d'Avoué ; et qui s'est contenté de "broder" sur des on dit, sans aucun travail de fond ; mais les journalistes, de plus en plus à la solde du gouvernement, sont de moins en moins bien vus ; vous mériteriez une bonne réforme !!

Le Cors@ire

C'est bien la seule profession dont les émoluments sont fixés par Décret pour ne réaliser qu'un simple copier/coller des conclusions de l'Avocat de 1ère instance...Ca fait cher l'imprimante et le timbre fiscal...

PATRICIA

Cet article est très intéressant. Un avocat a "le cran" de mettre en doute l'utilité du métier d'avoués. Dommage qu'il ne soit pas nommé, il se ferait de l'or : combien de justiciables en fin de procédure, face à la facture d'avoués ne respectant pas le tarif imposé par décret ministériel, ne peuvent obtenir de leur avocat, en fait piégé par un corporatisme forcé, qu'il diligente la procédure de taxation imposée par le même décret ? Réponse dans les centaines de témoignages des blogs ou sites traitant ce sujet... La réelle contestation n'est pas de remettre en cause la fonction d'avoués quand ils effectuent des prestations utiles, mais seulement quand l'avoué n'est qu'une "boite aux lettres" et que de plus il facture bien au delà du tarif imposé par décret : avant de défendre sa profession, l'avoué ne doit-il pas faire le choix entre le statut privilégié mais réglementé d'officiers ministériels ou celui d'avocat spécialisé aux honoraires libres ? Questions à Maître Tudela , qui montre être le seul avoué interrogé transparent : Dans une affaire à Lyon dont vous n'étiez pas avoué, comment justifier une facturation d'avoués de 7500 € pour une procédure dont, compte tenu du décret, le "litige n'était pas évaluable en argent" , puisqu'il s'agissait à l'origine d'un recours d'un tiers en contestation d'une clause contractuelle d'interdiction de construire, ayant saisi la justice suite à l'affichage d'un permis de construire sur le terrain voisin , demande au final rejetée, sans épiloguer..., les constructions ayant été réalisées entre temps malgré la procédure en cours ? Je précise que les avoués n'ont été ici que des boites aux lettres pour des écritures de plus identiques à celles de première instance, la procédure de taxation diligentée dans les délais et les formes, ayant été totalement ignorée... 2ème question: si cette profession veut être transparente, comment ce fait-il qu'il n'existe aucune infrastructure permettant au justiciable de connaître ses droits dés réception de la note des honoraires facturés par les avoués, les non initiés étant contraints pour tenter contester, à un parcours du combattant dans un délai record sous réserve qu'il soit à même de déchiffrer le décret , puis tenter SEULS faire valoir leurs droits. Puis-je espérer une réponse, préférant personnellement défendre nos institutions que les combattre, en précisant néanmoins que dans l'affaire citée où j'ai tenté épauler des justiciables totalement novices et pas à même de se défendre, les conséquences ne sont pas dignes d'un pays qui se dit de droits ?

TEMOIN

Ce ne sont pas eux qui fixent les tarifs mais un décret ! Sauf qu'ils ne respectent pas les tarifs fixés par ce décret,et justement leur connaissance des juges leur permettent surtout de “mettre de l’huile dans les rouages” des procédures de taxations pas plus respectées que le décret . Ce sont en effet "des arrangeurs” du racket avec l'aimable complicité des greffiers . Non seulement ils ne s'occupent pas des dossiers, mais leurs seules interventions ne visent que le profit qu'ils réaliseront quelque soit l'issu du procès, sans concurrence entre avoués puisqu'ils s'accordent sur les émoluments réclamés. Est ce qu'enfin pour le respect de la justice et des justiciables , et en particulier à Lyon, allons nous enfin mettre un terme à la prévarication des auxiliaires de justice sans nous attendrir sur leur sort et alors qu'ils ne s'attendrissent jamais sur celui des justiciables face aux dénis de justice de plus en plus nombreux et qui, bien plus que le"pouvoir d'achat", dévore le moral des français qui ne croient plus à la justice et sans que "les Pouvoirs" ne réalisent que peu à peu de ce fait chacun tente se faire justice lui-même.

collaboratricesansavenir

Cet article est tout simplement SCANDALEUX !!!! Obtenir un MASTER (4 ans de droit) et passer un examen professionnel où le nombre de reçus est d'environ 15 à 20 par an n'est pas un niveau d'étude très sélectif ???? Pour votre information, il est statistiquement bien plus facile de devenir Avocat qu'Avoué. Et épargnez-nousl'éternel argument "héréditaire" car les jeunes Avoués sont issus de tous milieux et n'ont pour seul point commun que leur travail acharné pour accéder à un meilleur statut social ! Je suis pour ma part jeune diplômée Avoué dont aucun membre de la famille n'appartient au milieu judiciaire et qui a travaillé en supermarché à temps partiel pendant toute la durée de ses études de droit... C'est ce que vous appelez être privilégié ? La réussite sociale ne passe que par le travail, et ce n'est pas notre Président qui me contredira sur ce point, même s'il a récompensé mon travail en supprimant ma profession... Quant à l'utilité des Avoués, la VRAIE question est plutôt de savoir à quoi sert un Avocat en appel ? Car si vous ouvrez un code de procédure civile, SEUL l'Avoué représente le justiciable devant la Cour d'appel en matière civile et commerciale et l'avocat est seulement FACULTATIF. Bien sûr, votre avocat ne vous le dira pas car il tient à garder cette source de revenu complémentaire en s'attribuant le boulot des autres et en faisant aux Avoués un procès d'intention motivé par la seule jalousie. Car si les avocats ne gagnent pas autant que les Avoués (ce qui n'est d'ailleurs pas toujours vrai, cf. les grands cabinets d'avocats), c'est simplement parce qu'ils sont beaucoup trop nombreux sur le marché et qu'il n'y a pas assez de travail pour tous... Alors on démolit les professions alentours (Avoués, notaires, ...) pour récupérer un peu de travail !!! Voilà l'objet réel de cette réforme initiée par un Avocat Président de la République. Car le justiciable ne s'y retrouvera pas, ni en terme qualitatif, ni en terme pécuniaire, sauf si les avocats ne facturent pas davantage leur prestation en appel après la réforme puisque, si les Avoués ne servent à rien, récupérer leur travail ne devrait donc rien couter... Mais bien sûr, mes propos ne sont pas "politiquement corrects" et seulement dictés par la rage d'avoir travaillé plus pour gagner...le mépris et le chômage ! Sur ce, je vais m'inscrire à l'ANPE, mais je ne risque pas de trouver un travail correct puisque mon niveau d'étude n'est pas très sélectif et que depuis plusieurs années je travaille pour une boîte aux lettres...

duralex

Et oui, les privilèges de cette sinécure en or vont disparaitre. Tout a une fin et ce ne sont pas les justiciables, ni les avocats qui regretteront ces "chers" avoués
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