22-10-2008

Giordano : “Il faut exporter le modèle lyonnais”

Nouveau maire écologiste du 9e arrondissement, Alain Giordano considère que les Verts doivent suivre la stratégie réformiste que Gérard Collomb défend au PS. Interview.

Est-ce que les Verts ne sont pas aujourd’hui dans une impasse ?
Alain Giordano : Non. Moi, chaque fois que je vais à un congrès national des Verts, c’est un véritable bol d’air, car j’ai besoin de leur idéalisme pour avancer en politique. En revanche, je crois qu’ils ont aujourd’hui assez d’élus de terrain pour se servir de leur expérience au lieu de se limiter à une réflexion purement théorique.
Qu’est-ce qui vous pousse à faire ce diagnostic à contre-courant ?
J’ai toujours été chez les Verts un modéré et je reste partisan d’une démarche pragmatique. Tout en restant éloigné des combines d’appareil. Mais j’ai observé le parcours de Gérard Collomb. Après avoir démontré sa capacité à gérer efficacement la ville de Lyon et la Communauté urbaine, il a décidé de rassembler les grands élus PS de province pour défendre une ligne réformiste dans son parti. Pour moi, c’est un exemple à suivre.
Mais certains socialistes reprochent à Collomb de ne plus être de gauche...
Je me souviens même qu’après les élections municipales de 2001, certains Verts m’expliquaient que le maire de Paris allait faire beaucoup plus de choses parce qu’il était plus à gauche que Collomb et qu’il avait plus la fibre écolo... Eh bien moi, je suis complètement revenu de Delanoë, alors que j’ai pu apprécier la méthode Collomb.
Pourquoi vous avez été déçu par Delanoë ?
Parce qu’à force de se fixer des objectifs théoriques un peu trop jusqu’au-boutistes, on finit par ne rien faire ou par avancer moins vite. Prenez par exemple les Vélo’v. Decaux l’a d’abord proposé à la ville de Paris. Mais Delanoë a jugé que c’était irréaliste alors que certains Verts parisiens refusaient d’associer ce marché vélo à celui des réseaux de panneaux d’affichage. Résultat : on l’a fait à Lyon et on a démontré que c’était efficace et pas cher. Et ce n’est qu’après que Paris a suivi.
Vous pensez que pour l’écologie, Lyon est plus en avance que Paris ?
Oui. Avec le Vélo’v, les berges du Rhône, les bâtiments haute qualité environnementale... Ce qui démontre bien que Collomb, même s’il était au départ moins écolo que Delanoë, a été plus efficace parce qu’il est plus ouvert et qu’il a trouvé des solutions opérationnelles.
Vous-même, est-ce que vous êtes bien placé pour faire évoluer les Verts ?
Oui. Car en tant que président du groupe des Verts au conseil municipal, j’ai démontré qu’on pouvait faire avancer beaucoup plus vite les dossiers en s’affirmant comme un partenaire loyal mais exigeant de Collomb. Et je crois même que le 9e arrondissement est particulièrement exemplaire.
En quoi le 9e arrondissement vous paraît exemplaire ?
On a installé une toiture photovoltaïque sur la piscine de Vaise pour produire de l’électricité, on a construit le premier gymnase HQE à la Duchère avec une toiture végétalisée, on a inauguré le premier supermarché HQE à Champvert... Mais ce n’est qu’un début puisqu’on va réaménager le parc du Vallon et le jardin des Saules, mettre en valeur le vallon de la Cressonnière, créer de nouveaux sentiers piétonniers... Sans oublier les rives de Saône.
Comment vous comptez agir pour faire évoluer les Verts ?
Je ne peux rien faire seul. D’ailleurs, si on a réussi à faire bouger les choses à Lyon, c’est qu’on a joué collectif. C’est pourquoi j’ai réuni fin septembre à Lyon Dominique Voynet, maire de Montreuil, Noël Mamère, maire de Bègles, Jacques Boutault, maire du 2e arrondissement de Paris, le député européen Alain Lipietz... Car c'est avec ces élus locaux qu’on arrivera à faire bouger les choses.
Mais en tant que maire d’arrondissement, vous avez quand même des pouvoirs limités.
Le 9e, c’est quand même 50 000 habitants. Ce qui est beaucoup plus que de nombreuses sous-préfectures. Et un maire d’arrondissement, même s’il dépend de la mairie centrale, a les moyens de se faire entendre et de faire avancer des projets pour ses quartiers. Collomb l’a d’ailleurs démontré quand il était à ma place. Alors qu’il était à l’époque dans l’opposition, il a obtenu de Raymond Barre la requalification de Vaise, la rénovation de la Duchère... Ce qui démontre là encore l’efficacité d’une stratégie pragmatique.
Vous pensez que les Verts peuvent écouter un discours aussi pragmatique ?
Ce ne sera pas facile. En tant qu’élu, j’ai l’impression de faire évoluer les choses dans le bons sens. Mais la méthode de travail que nous avons mise au point avec Gérard Collomb, ça marche. Les Verts doivent même exploiter ce bilan pour renforcer leur crédibilité, ce qui leur permettra dans le futur d’exercer de nouvelles responsabilités. Bref, il faut exporter le modèle lyonnais.
Mais certains Verts semblent plutôt tentés par un rapprochement avec José Bové...
Ce serait pour moi une erreur. José Bové mène une action courageuse contre les OGM et c’est un homme sympathique. Mais se rapprocher de lui signifiera plutôt une dérive des Verts vers l’extrême gauche et les partisans de la décroissance. Or, ce côté pur et dur fait plutôt peur aux électeurs. Prenez la voiture : il faut laisser évoluer les gens plutôt que de culpabiliser tous les automobilistes car au final on fera évoluer plus rapidement les choses.
Pour vous, quelle est la bonne méthode ?
Discuter et convaincre. Comme sur les berges du Rhône. Les Lyonnais avaient peur de voir disparaître trop de places de parking mais on a multiplié les réunions. Et  ils ont compris qu’on allait aussi construire des parkings souterrains qui étaient bloqués depuis des années. Du coup, ils ont amendé ce projet en exigeant même plus de verdure.
Certains Verts vous reprochent d’être trop conciliant avec Collomb...
Je ne suis pas un godillot de Collomb ! Sur chaque projet, on se fait entendre. Mais il faut savoir travailler en amont sur chaque dossier. Et non pas se contenter de protester quand les projets sont ficelés.
Mais sur le grand stade de Décines par exemple, vous l’avez suivi sans discuter !
Non. On a obtenu que ce soit l’occasion de construire de nouvelles lignes de transports en commun. Et si la Communauté urbaine avait proposé uniquement de financer des routes pour accéder au grand stade de l'Olympique lyonnais, j’aurais dit non.
Votre objectif chez les Verts ?
Je ne vise aucun poste de responsabilité. Mais pour la première fois, je vais signer une motion alors que jusque-là, je m’étais tenu éloigné des querelles internes. D’ailleurs, j’aimerais aussi que notre mode de fonctionnement évolue. Aujourd’hui, vous avez en général deux grandes motions qui s’opposent mais celle qui obtient les principaux postes, c’est la motion minoritaire car elle fait basculer le scrutin. Du coup, les dirigeants Verts sont souvent plus jusqu’au-boutistes que la majorité des militants.
Vous pensez réellement faire évoluer les Verts alors que Collomb semble avoir du mal au PS ?
Je pense qu’on n’est pas du tout dans la même situation qu’au PS. Chez les Verts, ce sera assez nouveau d’entendre un discours d’élus de terrain. Donc ce sera peut-être encore plus difficile. Mais je crois qu’avec une quarantaine de maires ou maires adjoints élus dans des grandes villes aux dernières élections municipales, c’est le moment de faire entendre un autre discours et d’adopter une autre méthode, plus pragmatique.

Propos recueillis par Lionel Favrot

Interview publiée dans le numéro d'octobre de Lyon Mag.

 

Commentaire

Cyrille

C'est sur qu'à propos du grand stade, ils prennent des risques. Qu'ils ne s'attendent pas desservir le stade comme ils l'auraient prévu sans avoir à construire de nouvelles infrastructures routière, ca c'est sur...

brigitte69

Pratiquement le nom de Gérard Collomb a tous les paragraphes, si Mr Giordano ne nous dit pas qu'il est un élu "Vert" je crois être face a un militant Socialiste qui me presente une des motion du PS en vue du congrés. En effet tous les ingrédients sont Là, méme la critique de l'adversaire Parisien, qui lui ne serait pas écolo....comme par hasard.... Dans cette démarche que deviennent les militants, les citoyens ? Décidement toujours de la manipulation au travers des "médias". Si je peux vous donner un conseil MR GIORDANO rester vous même ne rechercher pas une relation pére/fils, sinon entrer directement au Parti Socialiste.... N EFFET TOUS LES INGR2DIENS SONT L0? MËME LES CRITIQUES DE L4ADVERSAIRE de REREINS NIS.la motion suis convaincu que j'ai uc'est pnous disaint

Battling's Friend

Au secours. Côté vert je préfère de loin Etienne Tête. Cela sert un quoi d'être Vert avec Collomb ? quel poids sur le Grand Stade... Si cela se joue à un tramway .... ce n'est vraiment pas crédible

Dada

Qui c'est ce type? Un vert? Je plains Etienne Tête! Comment devient-on vert? Il suffit de rallier Collomb? Le stade est le plus bel exemple de projet anti écolo, tout y est :étalement urbain, le tout bagnole , et le tout routier, ( un malheureux tramway et des bus qui puent destinés au rebut), aucune étude d'impact sur l'environnement, et ce monsieur soutient Collomb, que c'est triste la politique , moi qui pensait que les verts, à cause des conneries des Socs, allaient revenir en force, c'est raté!

ralliement

Comme Gilles Buna, Alain Giordano épouse complètement les thèses de Gérard Collomb au prix d'un renoncement au message fort des Verts notamment sur le dossier du futur stade. C'est une stratétégie payante tandis qu'Etienne Tête est marginalisé et puni pour sa fidélité à ses convictions. Arrivera comme à Grenoble le moment du grand choix; disparaître idéologiquement au profit de stratégies individuelles ou rompre avec Collomb.
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