27-11-2008

Modem : Le grand malaise

Un mois à peine après son élection, Cyril Isaac-Sibille, le nouveau président départemental, est déjà très contesté. Son rival, Richard Morales, a décidé de saisir François Bayrou pour faire annuler le premier conseil départemental. Ambiance.

Après des élections municipales difficiles à Lyon où le Modem a éclaté en plusieurs clans, le parti de François Bayrou devait se doter d’une nouvelle direction départementale capable de ramener une certaine sérénité. C’était d’ailleurs la mission attribuée à Cyril Isaac-Sibille, un médecin ORL de Sainte-Foy, élu président face à Richard Morales, un pneumologue de Villeurbanne. Mais ça commence mal. Très mal même.
En effet, le premier conseil départemental, qui s’est tenu le 21 octobre dernier, a été mouvementé. Roland Crimier, maire de Saint-Genis-Laval et vice-président du Grand Lyon, avait pourtant pris soin d’organiser cette réunion dans sa commune avec un discours de circonstance appelant “à oublier les aigreurs de la campagne électorale”. Avant de passer la parole à Isaac-Sibille, secondé par Eric Lafond, le chef de file de la liste indépendante du Modem à Lyon au cours des dernières élections municipales qui lui a permis de battre Morales avec 56% des voix en septembre dernier. Une aide décisive qui lui vaut d’avoir obtenu un poste-clef de vice-président à la stratégie politique et à la communication.

Mais dès le début de cette réunion, plusieurs cadres du Modem ont contesté les conditions dans lesquelles ils avaient été convoqués. Car Laurent Ajdnik, un des deux vice-présidents, proche de Morales, n’avait lui-même pas reçu de convocation. Et il n’était pas le seul. 40 des 160 membres de ce conseil départemental étaient absents. Des proches d’Isaac-Sibille auraient-ils oublié les fidèles de Morales ? Niant toute manipulation, Isaac-Sibille va avouer s’être contenté de convocations par mail qui ne seraient donc pas toutes arrivées à leur destinataire. Mais les militants ont également manifesté leur agacement car il ne leur a laissé que 48h pour examiner les textes qu’il voulait leur soumettre, au lieu des 15 jours initialement prévus...

“Véritable mascarade”
Et les conflits vont se multiplier ce soir-là sur des points sensibles, surtout au Modem où les militants sont intraitables sur la démocratie interne. Exemple : Isaac-Sibille et Lafond ont voulu imposer que les responsables de chaque section locale du Modem soient désignés par le bureau départemental, où ils sont majoritaires. Alors que les militants tenaient à les élire. Et ils vont être une majorité, 72 à 61, à rejeter lcette proposition. Mais Isaac-Sibille va exiger de recompter. Toujours à main levée. Résultat : la proposition va être adoptée cette fois par 80 voix contre 72... Ce qui va provoquer la colère de Morales qui claquera la porte en dénonçant “une véritable mascarade”. Et il sera suivi par deux tiers des militants. Malgré les appels au calme de Crimier.
Aujourd’hui, Isaac-Sibille et ses proches refusent de commenter cette réunion car elle n’était pas publique. “C’est une réunion de famille ! Il y a quelques acariâtres qui n’ont pas encore digéré leur défaite mais nous, on avance !” explique Anne Pellet, la plus activiste des partisans du nouveau président.

Mais ce passage en force risque de laisser des traces. Loin de réconcilier son parti, Isaac-Sibille a braqué ses opposants. Pourtant, Morales avait évité de jouer au mauvais perdant en renonçant à déposer un recours après sa défaite en septembre dernier. Mais cette fois, il n’hésite plus. “Ce recours sera bientôt sur le bureau de François Bayrou et j’ai déjà des pages et des pages de signataires”, révèle ce médecin qui demande à Isaac-Sibille de “revoir sa copie” en convoquant un nouveau conseil départemental. Il faut dire que cela fait deux mois que ses partisans lui demandent de réagir. D’ailleurs, alors que Morales est resté silencieux dans les jours qui ont suivi cette réunion, un mystérieux groupe, Modem Agglo, a mailé à toute la presse un communiqué dénonçant “un conseil départemental divisé et illégitime” tout en réclamant son annulation. Vu son caractère anonyme, il n’a pas été pris au sérieux. Mais son auteur a accepté pour Lyon Mag de sortir de l’ombre. Il s’agit d’Azedine Hafar, responsable du Modem à Décines. “Les désignations, c’est bon pour le Front National. Au Modem, on veut élire nos responsables !”, s’emporte ce militant qui ne veut pas en rester là. “Modem Agglo, c’est un comité de vigilance démocratique qui fera encore parler de lui !”, annonce Hafar qui vise en particulier Eric Lafond dont il remet en cause la légitimité centriste. “Il est venu tardivement au Modem en profitant d’une désorganisation passagère pour lancer une véritable O.P.A. sur le centre à Lyon.”

Isaac-Sibille a aussi choqué tous ceux qui avaient jusque-là respecté une certaine neutralité. “Je comprends que Morales se sente spolié”, analyse Eric Desbos, élu du 8e arrondissement et membre de ce conseil départemental. Pourtant, il avait voté blanc à l’élection du président départemental du Modem car il aurait souhaité une liste unique pour éviter justement cette guerre fratricide. Déçu, il affirme que “cela fonctionnait mieux avant”. C’est-à-dire sous Mercier. Un comble pour cet élu qui appelait au changement !

“Ça va bouger !”
Enfin, plus inquiétant pour Isaac-Sibille, certains de ses partisans commencent à douter de lui. Exemple avec Eric Sommier, élu centriste à Bron. “Sa prise de pouvoir est beaucoup moins démocratique que prévu. Au Modem, on n’acceptera jamais que nos responsables soient désignés et non élus ! Si Isaac-Sibille persiste, je vous garantis que ça va bouger. Et ça va bouger fort...”

Aujourd’hui, la seule solution pour sortir le Modem lyonnais de l’impasse, c’est que François Bayrou intervienne une nouvelle fois. Ce qu’il avait déjà fait pour ramener le calme après l’épisode de la candidature ratée d’Azouz Begag, écarté par Mercier. Mais aujourd’hui, les partisans du changement se divisent à leur tour. Ce qui est révélateur d’un malaise. Pas sûr qu’Isaac-Sibille et ses proches en aient compris l'ampleur. “Je n’ai qu’une crainte : que les militants se découragent !”, lâche Laurent Ajdnik, pourtant habituellement très discret sur ces dissensions internes. Un découragement qui pourrait effectivement être fatal pour le Modem. Alors que Michel Mercier, qui a tout fait pour faire exploser le Modem à Lyon, vient de lancer un rassemblement centriste. Histoire de reprendre la main.

Lionel Favrot
l.favrot@lyonmag.com

Article publié dans le numéro de novembre de Lyon Mag

 

Commentaire

Vengeur masqué

J'ai l'impression que dans cette grande "famille" centriste, le plus droit, c'est encore Mercier...

angie

je ne suis pas de Lyon mais je suis au Modem, heureusement que ce qui se passe à Lyon ne se passe pas ailleurs, nous avons eu des élections internes parfaitement démocratiques. Pour lyon, ça fait suffisamment longtemps que ça dure, F. Bayrou a fait savoir, s'agissant des mouvements départementaux, qu'il ne voulait pas s'impliquer dans les querelles internes, mais là, je pense qu'il doit intervenir. Le cas Mercier a fait beaucoup de mal au Modem Lyon, je ne comprends pas pourquoi Bayrou ne règle pas cette question. Mercier joue un double jeu, si FB prend enfin position, les choses redeviendront plus claires. Malgré tout, vu de l'extérieur, le Modem lyonnais ressemble à un panier de crabes , ce n'est pas dans l'intérêt du Modem de laisser perdurer cette situation.

langue de bois

Décidément, la langue de bois encore et encore: "un parti démocrate !!!" Vous connaissez un parti qui s'affiche "non-démocrate" à part peut être la LCR et le FN ? Au PS, ils ne sont pas démocrates, à l'UMP non plus ? Votre ami Bayrou devrait ajouter "républicain" ce serait d'une audace, mes amis ... Merci en tout cas de rappeller que Bayrou 1er a fait une déclaration historique à Seignosse . Seignosse a un maire démocrate et républicain sans doute.

Yves Botton

Définir le mouvement démocrate comme un parti "centriste" c'est entretenir une confusion. Nous sommes des démocrates. (Déclaration de Bayrou à Seignosse.)

langue de bois

Ce n'est pas non plus par la langue de bois et le goût du secret que le centre réglera ses problèmes. Heureusement que les armes sont au repos pour les temps de formation auxquelles ne participent d'ailleurs jamais les responsables du désastre ! A quoi bon nier que le centre a explosé et qu'il faut tout reconstruire ? La volonté d'aller ensemble ? Mais qui est "ensemble" ? Aller vers quoi ? Le centre est inaudible car éclaté, divisé, sans stratégie autre qu'individuelle. Le centre sera crédible quand la course aux places aura pris fin. Ce n'est pas gagné. En attendant, il vous est impossible de donner des leçons à l'UMP et au PS qui savent malgré tout discuter de projets. On ne guérit jamais en refusant de s'avouer malade.

Philippe MASSON

Exact, Benjamin a raison. Et d'ailleurs, plus nous nous diviserons puliquement par des commentaires, moins nos bonnes initiatives seront reprises. La volonté d'avancer ensemble est là, je le sais.

Benjamin Yoris

Oui il y a des problèmes au MoDem, comme dans tout nouveau parti politique naissant, avec énormément d'aspirations et d'espoirs. On les réglera difficillement en les étalant et en s'en désolant sur la place publique. Alors s'il ne faut pas s'en cacher non plus, pourquoi ne pas également parler de ce qui se passe bien ? A ce sujet, y-a-t-il des articles de Lyon Mag ou autre à propos de la formation sur les Institutions Européennes qui a eu lieu samedi dernier ? De nombreux militants ont pu approfondir ou acquérir des connaissances sur l'enjeu des prochaines élections européennes. Histoire que ceux qui vont faire campagne sachent de quoi ils parlent et pourquoi ils tractent. Egalement, les jeunes démocrates de la région se sont retrouvés ce week end pour une journée de formation et de rencontre. L'ambiance était excellente dixit toutes celles et ceux qui en ont fait partie. Pourquoi ne parle-t-on pas, en plus des problèmes, des choses qui fonctionnent ? Ca n'interesse pas les journalistes ni les lecteurs peut-être ? ;) Cordialement, Benjamin Yoris

crisse

je crains que le modem ne soit qu'un habillage pour "occuper"l'espace que BAYROU revendique aujourd'hui pour que l'on parle de lui, il n'y a aucune volonté d'imposer une cohérence parce que lui-même ne sait pas où elle se trouve ou se trouvera en 2012 ! Pourtant, un espace démocrate est indispensable car s'opposer à SARKO ne fait pas un projet, espérer ramasser le PS à la petite cuillère n'est pas un programme , F.Bayrou désespère ceux qui espéraient "une société humaniste, et le modem du rhône est à l'image de tout ce que BAYROU dénonce : des envahisseurs à la recherche "de place". Heureusement que nous croyons à autre chose que ce que nous montre les messages des uns et des autres !

Bayrou

Amis centristes, je crois que le responsable de cette confusion est François Bayrou car soit il cautionne cet éclatement suicidaire du centre par stratégie, soit il est incapable d'imposer une ligne politique claire par indifférence ou manque d'autorité. Il semble ne jamais être intervenu pour mettre fin au psychodrame lyonnais et a laissé Michel Mercier avec qui il entretient des relations complexes saccager le centre. J'en suis triste, car la vie politique a besoin d'en centre indépendant, uni et clair dans ses objectifs. On voit aujourd'hui certains centristes cyniques ne plus se cacher de poursuivre une ambition personnelle et se battre pour les bonnes places qui sont à gauche en ce moment.

un cri dans la nuit

un jour sortira la vérité, et elle ne sera pas favorable aux prophètes orange
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