Bébé tué avec du Destop dans une crèche à Lyon : "Elle voulait la faire taire"

Bébé tué avec du Destop dans une crèche à Lyon : "Elle voulait la faire taire"
Photo d'illustration - LyonMag

Dans le box des accusés, Myriam Jaouen apparaît hagarde, la tête souvent baissée. Par moments, elle oscille du regard, tantôt vers les témoins, tantôt vers la cour.

Jusqu’à jeudi, la cour d’assises du Rhône examine l’un des faits divers les plus marquants de la décennie à Lyon. Myriam Jaouen comparaît pour s’expliquer sur son geste du 22 juin 2022, au sein de la crèche People & Baby, place Danton, dans le 3e arrondissement. Ce matin-là, alors qu’elle était seule avec les enfants, elle avait versé du Destop sur Lisa, un bébé de 11 mois dont les pleurs l’agaçaient.

L’après-midi de la première journée du procès de Myriam Jaouen a été marquée par le témoignage des enquêteurs en charge de l'affaire. Face à la cour d’assises du Rhône, ils ont minutieusement reconstitué le fil des événements et mis en lumière les contradictions de l’accusée.

Dès le début de l’enquête, Myriam Jaouen a livré une version des faits reposant sur un accident qui serait arrivé lors d'un atelier peinture. "Elle a toujours parlé d’une chute de gouache, d’une tentative de nettoyage de l’enfant", relate l’enquêtrice. Elle raconte ainsi cette histoire aux secours arrivés sur les lieux, aux personnels ainsi qu'aux parents. Une explication qui a varié dans les détails, mais qu’elle a maintenue jusqu’à sa garde à vue.

L’enquêtrice a rappelé que Lisa était arrivée à la crèche le matin du 22 juin 2022 avec une conjonctivite. Son père l’avait déposée à 7h50 et avait précisé son état de santé à Myriam Jaouen. 

Selon le témoignage de l’enquêtrice, Myriam Jaouen a décrit un moment de tension avec la petite fille. "Lisa pleurait plus que d’habitude. Elle était fatiguée après une nuit difficile." À un moment, Lisa aurait rampé jusqu’à elle et lui aurait touché la jambe. "Elle s’est énervée et a dit : ‘Tu vois pas que je suis occupée ?’", rapporte l’enquêtrice.

Cette dernière rappelle que l'accusée a fini par reconnaître avoir versé du Destop dans la bouche de Lisa lors du deuxième jour d'audition. "Elle dit qu’elle voulait la faire taire", précise l’enquêtrice.

Un geste assumé tardivement

L'enquêtrice explique que, dans ce type d'affaire, il est essentiel d'identifier l'élément déclencheur du passage à l'acte. Elle revient ainsi sur les explications données par l'accusée. Myriam Jaouen a décrit une période particulièrement difficile, marquée par des tensions avec Kevin, son compagnon incarcéré après une rixe mortelle. Ce jour-là, elle se sentait à bout, épuisée par une nuit de seulement deux heures. "C’est difficile avec les pleurs", aurait-elle confié. Lisa pleurait plus que d’habitude tandis qu’elle rangeait le linge, un contexte qui aurait accentué sa fatigue et son agacement.

C’est alors que Myriam Jaouen aurait remarqué la bouteille de Destop. Elle aurait versé le produit dans la bouche de la fillette en pensant que cela "partirait dans les selles". Rapidement, Lisa a commencé à pleurer encore plus.

Lorsqu’elle s’est rendue compte de la gravité de la situation, Myriam J. a tenté de faire vomir l’enfant, avant de jeter précipitamment le body troué et la bouteille de Destop dans un sac-poubelle qu'elle a ensuite déposé dans un conteneur. Ces éléments n’ont jamais pu être retrouvés, le ramassage des ordures ayant eu lieu entre-temps.

L’accusée avait initialement expliqué avoir utilisé un "liquide trouvé à côté de la machine à laver" sans en connaître la nature. Or, après son interpellation, des recherches effectuées sur son téléphone portable ont révélé des consultations inquiétantes : "Que faire en cas d’ingestion de produit toxique ?" , à 8h07 elle recherche également "comment faire quand un enfant qui a mangé un déboucheur pour toilette."

Les pompiers sont arrivés sur les lieux à 8h24, à  8h30 le SMUR est contacté. Lisa est prise en charge un peu avant 9h par le SMUR, puis à 9h10 par les médecins en réanimation. Son état se dégrade rapidement. Les experts médicaux ont relevé des lésions internes graves : brûlures de l’œsophage, perforation de l’estomac, et atteintes sévères des voies respiratoires. Ils ont compris par eux-mêmes que ce n'était donc pas simplement un accident avec de la peinture.

Lors de l’intervention des secours, Myriam Jaouen est restée en retrait, se montrant discrète, comme pour conforter la thèse d’un accident lié à une activité de peinture. Après le départ des équipes médicales, elle a repris le cours de sa journée sans montrer de signe apparent d’inquiétude. Elle s’est même rendue à la Part-Dieu pour faire du shopping, avant d’être finalement interpellée à 17h25 au parc de la Tête d’Or.

L'exploitation de son téléphone portable a révélé des consultations inquiétantes régulières tout au long de la journée : "que faire en cas d’ingestion de produit toxique ?" à 9h40, puis "Que faire lorsqu’un bébé ingurgite un détergent pour toilettes ?" à 12h29. À 12h30, une autre recherche indiquait "gouache avalée", renforçant les doutes des enquêteurs sur la version accidentelle. À 15h26, dernière recherche avec le terme ‘mise à pied’, laissant supposer une inquiétude quant aux conséquences professionnelles.

Malgré ces aveux, plusieurs interrogations subsistent. L’accusée a indiqué ne pas savoir précisément où était conservé le produit toxique et a nié la présence d’une bouteille de Destop lorsqu’on lui en a présenté une. Pourtant, un body troué correspondant à celui de Lisa a été retrouvé dans la crèche. La bouteille de produit utilisé n'a quant à elle jamais été retrouvée. 

Une absence de remords ?

Durant son trajet vers le commissariat, l’enquêtrice a noté un détail troublant : "Elle ne m’a jamais demandé des nouvelles de Lisa. Elle s’inquiétait seulement de ce qui allait lui arriver." Cette attitude s’est confirmée par la suite. "J’avais l’impression qu’elle pleurait plus sur les conséquences que sur le sort de la petite Lisa", poursuit-elle.

Après plus d'une heure d'explications, un autre enquêteur est venu apporter des précisions, notamment sur la question des grossesses évoquées par l’accusée au cours de la procédure. "Elle a mentionné une fausse couche, ainsi qu'un enfant placé à la DDASS mais nos investigations n’ont jamais permis de confirmer l’existence d’une quelconque grossesse", a-t-il souligné. L’enquête a également mis en lumière les difficultés rencontrées par la crèche ces derniers mois, marquées par un fort turnover du personnel et une instabilité dans l’encadrement des enfants.

Les incohérences autour des fausses-couches supposées de Myriam J. et de sa relation avec Kevin ont été relevées par les enquêteurs. Selon l’un d’eux, Kevin semblait bien moins impliqué sentimentalement qu’elle : "Elle paraissait très amoureuse, alors que lui profitait de la situation pour lui réclamer de l’argent."

Kevin, décrit comme un marginal traînant dans le secteur de Montplaisir (Lyon 3e) avait entendu parler des possibles fausses-couches dès 2021, bien avant que Myriam J. n’évoque ces éléments durant l’enquête. Pourtant, les recherches effectuées par les enquêteurs n’ont révélé aucune trace d’une grossesse passée ni d’un enfant placé, comme elle l’avait laissé entendre.

Par ailleurs, plusieurs parents ayant confié leurs enfants à la crèche ont témoigné auprès des enquêteurs à propos du comportement de Myriam J. Certains l’ont décrite comme une personne ayant du mal à communiquer, parfois sèche, dénuée d’empathie et sans véritable bienveillance.

Selon les propos d'un des parents : "Lorsqu’elle montrait de l’affection, cela sonnait faux", a rapporté l'enquêteur. D’autres ont évoqué son manque de technique et de savoir-faire avec les enfants, certains allant jusqu’à dire qu’elle n’était pas apte à les garder en raison de ses déficiences mentales. Quelques parents soupçonnaient même une consommation de drogue, ce que l’enquête a confirmé : Myriam Jaouen était consommatrice de cannabis.

Toutefois, tous ne l’ont pas accablée. Certains, plus modérés, ont témoigné d’une forme de compassion, ayant eux-mêmes des proches en situation de handicap. D’autres ont souligné une légère amélioration au fil du temps. Aucun parent n’avait auparavant exprimé de réelle crainte à la direction de la crèche à l’idée de lui laisser la garde de leur enfant.

Le parcours personnel et scolaire de Myriam Jaouen illustre ses difficultés. Diagnostiquée dyslexique et dyscalculique, elle a suivi une scolarité en classe ULIS, avec des lacunes importantes.

Son unique opportunité professionnelle fut un CAP en pressing, qu’elle n’a pas obtenu. Son engagement en service civique dans une école maternelle lui a néanmoins permis de poursuivre dans la voie de la petite enfance, jusqu’à l’obtention d’un CAP malgré ses faiblesses académiques. Ce sont ses notes en cas pratiques, obtenues durant ses stages, qui lui ont permis de décrocher ce diplôme. Son CDI à la crèche était alors perçu comme une forme de récompense après un parcours de vie marqué par des difficultés, notamment une tentative de suicide de sa mère.

La journée d’audience se poursuit avec les témoignages de parents et l’examen des appels passés aux secours le jour du drame. Ce mercredi, la cour entendra les parents de Lisa, l’accusée, ainsi que plusieurs experts médicaux, un psychologue et un psychiatre. Jeudi, place aux plaidoiries des parties civiles – celles des avocats des parents de la fillette et des associations de protection de l’enfance – aux réquisitions de l’avocat général, puis à la plaidoirie de la défense.

Le verdict est attendu en fin de journée ce jeudi 3 avril.

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22 commentaires
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Jessica dupuis le 06/04/2025 à 07:25

Y A PLEIN DE LACUNES DANS LES INSTITUTIONS HELAS QUI SE TERMINENT PAR DES DRAMES DES FAMILLES MEURTRIES À VIE

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Grêlons le 02/04/2025 à 20:58

Une FEMME tueuse L c’est impossible au pays du Matriarcat français !:

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shames le 02/04/2025 à 19:08
Escargot a écrit le 02/04/2025 à 18h12

Visiblement c'est vous qu'il faut interner!!!! Regardez l'origine du nom Jaouen avant de déverser votre haine raciste......
Vous êtes la honte de la France avec de tels propos

Tu préfères les OQTF qui violent et assassinent nos compatriotes?

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Escargot le 02/04/2025 à 18:12
k'apprends a écrit le 02/04/2025 à 08h55

Rien qu'a voir son nom, on a compris
L'éducation c'est pas leur fort!

Visiblement c'est vous qu'il faut interner!!!! Regardez l'origine du nom Jaouen avant de déverser votre haine raciste......
Vous êtes la honte de la France avec de tels propos

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Il serait grand temps le 02/04/2025 à 15:42

De revaloriser l’emploi et les salaires des personnes qui s’occupent des enfants.
Avec minimum un diplôme bac + 3 en petite enfance.
Cette crèche a embauché une psychopathes, seulement diplômée d’un CAP, pour s’occuper des bébés.
Les conséquences sont dramatiques.
L’horreur vécu par cette toute petite fille est insoutenable.
Cela doit changer et ne plus jamais arriver.

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Catalan le 02/04/2025 à 11:01

stop à certains commentaires, comme dans plusieurs autres affaires, nous sommes en présence de tarés à la limite de la débilité ou du manque totale de la moindre intelligence relevant de la médecine .A un moment il faut ouvrir les yeux.

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k'apprends le 02/04/2025 à 08:55

Rien qu'a voir son nom, on a compris
L'éducation c'est pas leur fort!

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Catalan le 02/04/2025 à 08:48

Tout démontre que nous avons a faire a une personne notoirement incompétente, à la limite de la débilité, et que la crèche ne s est pas posée de question en la laissant seule.

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Sans aucun remords le 02/04/2025 à 02:28

CAP en pressing non obtenu, tout est dit.

Comment le système à pu autoriser cette tarée à obtenir une place en crèche?

Ah la discrimination positive...

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Petite Ortie le 01/04/2025 à 21:23

Dans leurs gènes...

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J6 le 01/04/2025 à 20:30

On dit merci Badinter...et la gauche qui en redemande...

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même pas le 01/04/2025 à 19:30
perte de temps a écrit le 01/04/2025 à 19h09

Pas besoin de procès, c'est 30 ans automatique.

juste lui faire ingérer un bidon de Destop

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recrutement le 01/04/2025 à 19:17

Quelles compétences/responsabilités de son manager qui embauche une loque pareille ?

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perte de temps le 01/04/2025 à 19:09

Pas besoin de procès, c'est 30 ans automatique.

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caton le 01/04/2025 à 19:04
Zéro compassion pour cette garce a écrit le 01/04/2025 à 18h38

Lui faire expérimenter ce qu'elle a affligé à sa victime. Et la regarder crever comme la merde qu'elle est.

l article confirme qu'elle est handicapée mentale ,il est irresponsable de lui avoir donné son CAP et de l'avoir embauchée. on oublie souvent que handicap veut dire incompétence dans certaines fonctions.

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devant tant d horreur le 01/04/2025 à 19:03

prison à vie ! en plus le copain y est déjà ! pas la peine qu’ils se reproduisent…

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Ex Précisions le 01/04/2025 à 18:49

Ça a vraiment l'air de lui faire ni chaud ni froid son geste horrible...
Après si on regarde son pédigré rien d'étonnant sauf qu'elle a été embauchée. Les patrons les gros actionnaires qui se font du fric sur le dos des bébés avec les crèches sont aussi responsables. On a les EHPAD, les crèches et étonnant que ce ne soit pas encore sorti les centres pour handicapés, les 3 prises en charge où les "clients" ne se plaignent pas donc on met le minimum de pognon ;-(

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martine le 01/04/2025 à 18:46

Pour ce genre de situation, c’est effectivement la justice du talion qu’il faudrait appliquer parce que aucune de ses explications ne pourra justifier son geste

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Zéro compassion pour cette garce le 01/04/2025 à 18:38

Lui faire expérimenter ce qu'elle a affligé à sa victime. Et la regarder crever comme la merde qu'elle est.

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Au trou le 01/04/2025 à 18:14

Comme pour cette pauvre Lola, pas de remord.

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Abdelk le 01/04/2025 à 18:05

J’en ai les larmes aux yeux ! C’est horrible !

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Scenario mortel ! le 01/04/2025 à 18:01

"son compagnon incarcéré après une rixe mortelle" A égalité donc.

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